Alechinsky, Pierre : Alechinsky, l’oeil du peintre

Couleur, 70’, 1996
Réalisation : Robert Bober
Conception/scénarisation : Pierre Dumayet
Image : Jean-Claude Ducouret
Son : Daniel Deshays
Lumière : Gilles Cousteix, Philippe Gibert
Photographies : Guy Le Querrec/Magnum
Montage : Michele Loncol
Production : La Sept/Arte, VF Production
Pays : France

Au départ une idée de cinéaste : demander à Pierre Alechinsky ce qu’il pensait de la reproduction de ses tableaux captés par une caméra de télévision. Est-ce que les couleurs étaient exactes et sinon comment arriver à la fidélité la plus grande ? Ce postulat purement technique tourne assez vite court et c’est le peintre qui va entraîner le réalisateur sur son territoire et le faire entrer dans ses interrogations et là, le film devient passionnant, ouvert comme une grande conversation. Pourquoi est-il passé de la peinture verticale où la toile est posée sur un chevalet, à la gestuelle orientale où le papier est posé à même le sol ? Comment s’est faite sa découverte de l’acrylique avec la toile charnière " Central Park " datée de 64 ? D’où est venue l’idée des remarques marginales ? Que lui a appris la calligraphie japonaise ? Comment utilise-t-il les papiers anciens, lettres, cartes de géographie, factures du siècle passé ? Avec évidemment les séquences fascinantes de l’élaboration d’une oeuvre où l’on voit le peintre entrer en création, faire et expliquer ses choix et ses gestes, commenter son travail. Cette structure vivante où l’intervieweur n’est qu’un orienteur donne à ce film une liberté, un bonheur et une intelligence qui gomment toute information volontariste au profit d’une rencontre qui devient un portrait juste.

Pierre Alechinsky
Peintre, calligraphe et écrivain belge né en 1927. S’il fait des études de typographe, l’important pour sa formation sont "les lectures et les vadrouilles" et, l’essentiel, sa rencontre en 1949 avec Christian Dotremont et le groupe Cobra. Après la dispersion du groupe, il part à Paris. Il rencontre Giacometti et Breton, entre dans divers "salons" (octobre, mai), part au Japon, en Norvège, en Laponie, installe un atelier à New York et en Provence, est exposé dans le monde entier et au Guggenheim en particulier, accumule le travail, les prix, les illustrations, les textes.

Robert Bober
Ecrivain, scénariste, réalisateur né en 1931 de parents juifs d’origine polonaise, Robert Bober a grandi en France où sa famille a trouvé refuge en 1933. Toute son oeuvre, son parcours, ses amitiés seront construites autour de cette enfance violentée, qui connut la guerre et les pires heures du nazisme. Mais elle a sera aussi marqué de son environnement, les quartiers populaires de Paris où il a grandi entre les échoppes et les artisans, dans ces milieux où la communauté se met en partage. Cet esprit d’amitié et de solidarité est aussi le ciment de son oeuvre. Après les métiers de tailleur, de potier autodidacte, il rencontre François Truffaut dont il devient l’assistant sur Les Quatre Cents Coups, Tirez sur le pianiste et Jules et Jim. Il passe lui même à la réalisation en 1967 avec un premier documentaire pour la télévision, Cholem Aleichem, un écrivain de langue Yiddish. Dans les années 60 et 70, ses documentaires pour la télévision explorent principalement la période de l’après-guerre et les conséquences de l’Holocauste. À partir des années 1980, en collaboration avec Pierre Dumayet, il réalise des portraits d’auteurs tels que Paul Valéry, Gustave Flaubert ou encore Georges Perec dont il est l’ami. Avec Perec, ils matérialiseront en 1979 un film désormais incontournable et bouleversant : Récits d’Ellis Island, qui revient d’abord avec Traces sur l’arrivée des immigrés à Ellis Island au début du 20ème siècle puis qui filme, de l’intérieur, à New York, les migrants juifs et italiens entrés aux États-Unis par Ellis Island.