Bacon, Francis : Francis Bacon, la brutalité du réel

Couleur, 58’, 1985
Réalisation : Michael Blackwood
Image : Mike Southon
Son : Brian Showell
Montage : Peter Geismar
Coproduction : Michael Blackwood, Saarlùndischer Rundfunk, B.B.C. Television
Version française : Thierry Zéno
Pays : Etats-Unis

Une conversation dans l’atelier de Bacon (un chaos, un monument indescriptible de désordre, mais il ne peut pas travailler sans ce magma) avec son ami, l’historien d’art David Sylvester. A bâton rompu, avec élégance et naturel au cours de cette visite où nous sommes les "voyeurs", Bacon nous raconte ses années de bohème, de formation autodidacte, Berlin, Paris, tout cela sans souci de chronologie. Il aborde sa manière de travailler, son goût du plaisir, "sa surexcitation de la vie", les peintres qui ont été essentiels pour lui, Velasquez, Van Gogh, Picasso, mais aussi des hommes comme Muybridge, Eisenstein, Buñuel. Face au cinéma, il a la certitude que le peintre doit réinventer le réalisme. Les propos sont vifs, brillants (dans le sens du profond) et la manière de filmer par mimétisme, devient-elle aussi baconienne : elle capte cette intimité comme une action, fait des gros plans de son visage, de son corps (qui ressemble aux portraits qu’il fait) et les tableaux arrivent normalement au cours de cet échange, non comme des illustrations mais des objets importants qu’il faut avoir sous les yeux à ce moment là. Le canapé, la rue sinistre, la bouteille de grand cru ouverte, donnent à ce film un style très anglais, très civilisé, qu’accentuent, à contrario, la force des propos, la violence de la peinture, et le décor qui est comme un champ de bataille où les morts sont des pots de peinture.

Francis Bacon (1909-1992)
C’est lors d’un voyage à Paris en 1929 que Bacon découvrira l’oeuvre de Picasso et la représentation du cri dans "le massacre des innocents" de Poussin. Il se mettra à la peinture puis l’abandonnera pour la reprendre en 1944 la pratiquant comme sa vie, avec violence et déchirement. Son oeuvre immense, une des plus singulières et essentielles de l’art contemporain s’attachera à la figure humaine et cette constante exploration des corps lui fera parcourir toutes les limites de la représentation de la distorsion à l’effacement, du hurlement au dépècement.

Michael Blackwood
Né en Allemagne en 1934. Il émigre aux U.S.A. en 1949. D’abord documentariste pour la NBC, il deviendra indépendant et fondera la maison de production qui porte son nom. Il a tourné depuis 1966 de nombreux films sur l’art et fondé sa maison de production spécialisée dans l’art contemporain.Parmi eux : "Motherwell", "Andy Warhol", "George Segal" et de nombreux films sur l’architecture, qui le passionne, sans oublier la danse, les cultures orientales.