Basquiat, Jean-Michel : Basquiat, une vie

Couleur, 52’, 2010
Réalisation : Jean-Michel Vecchiet
Image : Charlotte Vecchiet
Montage : Noam Roubah
Son : Nicolas Mazet et Dimitri Tisseyre
Production : Pénélope Morgan Production, Arte
Pays : France

"Basquiat, une vie" s’ouvre sur New York, ses ponts, ses murs, ses graffs, ses quartiers en ruine. Une voix off annonce le futur de ce jeune homme de 15 ans, de son art et de son époque et ainsi « commence la légende ». Le ton du film est donné, le destin est en marche. Scandé par la musique de Beethoven, lyrique et funèbre, le film, tel un opéra, avance vers son dénouement inévitable et terrible. Jean-Michel Vecchiet construit ce récit dramatique comme un maelström d’émotions, un tourbillon d’images, de musique et de témoignages, et remonte la course du peintre vers la gloire – et la mort. Sur le rythme enfiévré des ballades enivrantes d’Erik Truffaz, il alterne interviews, images d’archives, petits films d’époque tournés entre amis, photographies, tableaux de l’artiste, négatifs, images de la ville... Le montage est rapide, les séquences très découpées et la narration reste portée par cette chronologie tissée dans les succès fulgurants du peintre. Mais comme dans toute tragédie, les signes que le fatum est en marche sont là. Et le film les reprend dans sa matière, autour du succès du peintre, des amis qui racontent. Autour surtout de quelques images de Basquiat qui reviennent, entêtantes, pour rythmer cette chronique d’une mort annoncée.
De la peinture de Basquiat, Jean-Michel Vecchiet ne cherche pas l’exégèse à tout prix. En se saisissant de l’environnement du peintre, ce New York électrique des années 80, en refaisant dans la ville le parcours de graffeur de Basquiat ou en se glissant, par des entretiens dans ses amitiés, il agite sa matière cinématographique de la même énergie bouillonnante qui porte et traverse l’œuvre de Basquiat, qui semble, parfois, elle aussi, l’improvisation d’un saxo libre et enragé. Basquiat est bien sûr, comme le film le répète, un « Rimbaud des temps modernes » à la destinée aussi fulgurante que géniale, un « voyant ». Et c’est « le dérèglement de tous les sens », que Jean-Michel Vecchiet travaille à son tour dans la matière de ce film à la fois riche et hypnotique, fasciné et fascinant.

Jean-Michel Basquiat (1960-1988)
Né de parents new-yorkais originaires d’Haïti et de Porto Rico, Jean-Michel Basquiat est un enfant précoce, qui sait lire et écrire dès l’âge de 4 ans et manie plusieurs langues à 8. A 15 ans, ils commencent avec deux amis à couvrir les murs de New York de phrases poétiques et humoristiques, de dessins aux traits épurés et énergiques, qu’il signe toujours d’un symbole du copyright et du pseudonyme SAMO (littéralement « Same Old Shit »). Très vite, Samo devient un personnage énigmatique et emblématique qui lui permet de se faire rapidement connaître. Jusqu’à ce qu’ils dévoilent leur identité. Basquiat finit par continuer son travail sur les murs, seul, signant « Samo is dead » avant d’apparaître au grand jour. En quelques années, il devient le peintre de la scène montante new-yorkaise, renommé, reconnu et riche. Il incarne le renouveau de l’art moderne américain, et sa photographie qui fait la couverture du Times en 1985 devient l’emblème d’une époque, d’une revanche, celle d’une jeune génération arrivée au sommet de la gloire. Sa rencontre avec Andy Warhol signe la naissance d’une amitié très forte et d’une collaboration artistique qui renouvelle le pop art. Mais épuisé par les drogues, sa renommée et son insatiable énergie picturale, Basquiat, que la mort de Warhol affecte profondément, s’isole de plus en plus, peint moins, tente de se reprendre. Mais il meurt d’une overdose dans son appartement le 2 août 1988.

Jean Michel Vecchiet 
Né en 1958 à Martigues, Jean-Michel Vecchiet travaille depuis la fin des années 1970, à la fois comme plasticien et réalisateur. Son œuvre a fait l’objet de nombreuses expositions dans les musées et les festivals internationaux. Depuis 1997, il réalise des magazines, des grands reportages et des documentaires pour la télévision parmi lesquels "Je t’aime, je te filme" (en 1999 avec Anouk Grimberg, Anna Karina, Isabella Rosselini, Helmut Berger), "Peter Lindbergh, journal de voyage" (en 2001, avec Nastassia Kinski, Isabelle Huppert, Mila Jovovich), "Vies et morts d’Andy Warhol" (2005), ou encore très récemment "Nous étions l’Exodus", produit par France 2.