Hantaï, Simon : Hantaï ou les silences rétiniens

Couleur, 58’, 1986
Réalisation : Jean-Michel Meurice
Image : Jean Lugo
Son : Michel Giraud
Montage : Patrick Parrot
Musique : Betty Willemetz
Production : Yvonne Lehuger
Pays : France

C’est le portrait d’un artiste dans sa maturité. Un bref prégénérique situe sa trajectoire : Budapest, Paris, sa retraite à la campagne. Il ne s’agit pas d’une biographie même si Hantaï, parfois, rappelle son rapport avec le surréalisme, les tableaux-textes, les 10 ans de dépouillement, de recherche. Le film s’axe sur le processus de création actuelle, présenté en cinq actes, une vaste épopée où, en artisan artiste, il travaille la toile par terre, la plie, la roule, la colore, la noue, la déplie. Le souffle du peintre, son visage en gros plan, ses toiles draps ou banderoles envahissent l’écran, la musique donne à ces séquences un côté titanesque. Modeste aussi parce qu’il travaille comme un paysan labourant son champ. On entre dans sa mémoire - le tablier lustré de sa mère, les tapis de fleurs des fêtes religieuses - dans ses réflexions, liées à des textes de Cézanne et à Heidegger. Son travail, son corps ont une grande présence et donnent au film une dimension physique et métaphysique. Un ami historien, P. Fourcade, lui sert dans certaines séquences d’interlocuteur ; la vie familiale sert de toile de fond.

Simon Hantaï (1922-2008)
D’origine hongroise, Hantaï a fait l’Ecole des Beaux-Arts à Budapest. Arrivé à Paris, sa peinture évolue vers un surréalisme poétique et fantastique, où le frottage, la superposition, l’automatisme et le collage laissent au hasard une place déterminante. Breton le "découvrira" mais Hantaï, en se séparant du mouvement, se brouillera avec lui. Il se rapprochera d’artistes qui remettent en question le sujet et le support. Toute référence à quelque réalité que ce soit en dehors de la peinture est éliminée dans ses "pliages". Cette pratique ne fait appel qu’au seul rapport surface-couleur, essence même de la peinture tout comme le geste qui la crée.