De Keersmaeker, Anne Teresa : Mitten

Couleur, 55’, 2019
Réalisation : Olivia Rochette et Gérard-Jan Claes
Image : Olivia Rochette
Montage : Dieter Diependaele
Musique : Jean-Sébastien Bach interprété par Jean-Guihen Queyras
Avec : Boštjan Antoncic, Anne Teresa De Keersmaeker, Marie Goudot, Julien Monty, Michaël Pomero et Jean-Guihen Queyras
Production : Accattone Films

Devant l’instrument, se tient, de face ou de côté, le musicien Jean-Guihen Queyras qui interprète les six suites pour violoncelle de Johann-Sebastian Bach, un sommet de l’histoire de la musique occidentale. Trois danseurs et deux danseuses (dont Anne Teresa De Keersmaeker elle-même) se succèdent sur le plateau et donnent vie à cette sublime partition. Au sol, sont tracés des cercles, des lignes droites, des formes géométriques complexes et des spirales en couleurs qui jouent non seulement comme marques pour les danseurs mais qui suivent les lignes musicales nous montrant ainsi de manière tangible toute l’architecture élaborée entre mouvement et musique. Pour preuve, ce début de film autour de la table, partitions en main, que le musicien décode avec la chorégraphe et la deuxième danseuse, note après note, clé après clé, mesure après mesure et qu’Ann Teresa, patiemment annote… Ce travail « au cordeau » qui est à l’œuvre ici nous montre combien la géométrie tient une place primordiale et qu’il s’agit d’un véritable travail sur les perspectives, une minutieuse occupation de l’espace. Pour autant, il ne s’agit pas d’illustrer la musique mais au contraire de la montrer sous toutes ses facettes, de l’éclairer parfois, de la prendre à rebrousse poil à d’autre, de la mettre au défit ou en perspective ailleurs encore… Et c’est bien ce que parviennent à éclairer de manière saisissante les deux cinéastes, l’étreinte fascinante et presque vivante entre musique et danse, la confrontation et la fusion réussie de la musique ancienne qui se conjugue avec la modernité de la danse et des danseurs. Olivia Rochette et Gérard-Jan Claes, attentifs et présents à la fois aux gestes mais aussi aux mots trouvent la distance parfaite pour nous faire entrer dans ce travail et rendre visible l’invisible. Ils parviennent à mettre en lumière toute le travail opiniâtre et audacieux et par là, nous permettent de comprendre que la recherche de cette chorégraphe depuis près de 40 ans est, comme on le sait, théorique mais sans être abstraite, mathématique en restant sensuelle. Et l’on s’installe avec joie dans ce documentaire qui pourrait durer des heures tant on a de plaisir à être avec eux, à les voir chercher, se tromper, recommencer, douter et confronter leurs ressentis...

Anne Teresa de Keersmaeker (1960)
Enfant, elle suit une formation de ballet classique à l’École de la Danse, de la Musique et des Arts du Spectacle Lilian Lambert, à Bruxelles. En 1978, De Keersmaeker entre comme étudiante à Mudra. Ce « Centre de formation et de recherche pour les interprètes du théâtre » est alors dirigé par son fondateur, Maurice Béjart, le chorégraphe français qui a été plus de vingt-cinq ans à la tête du Ballet du XXe siècle, la compagnie en résidence au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles. En octobre 1980, Anne Teresa De Keersmaeker fait ses débuts au Nieuwe Workschop de Bruxelles avec Asch ; début 1981, elle quitte Bruxelles pour New York, où elle s’inscrit dans le départe­ment de danse de la Tish School of the Arts, qui dépend de l’uni­versité new-yorkaise. Elle est devenue une chorégraphe internationale renommée. Le respect mondial dont son œuvre fait l’objet ressort entre autres des prix dont elle est comblée.