Pinget, Robert : Autour de Pinget

Couleur & Noir et Blanc, 58’, 2001
Réalisation : Ursula Meier
Image : Patrice Cologne, Hans Meier, Pascal Rabetez, Ursula Meier
Montage : Julie Brenta
Son : Pierre Curchod
Avec : la voix de Claude Rich
Musique : Philippe Cam
Production : PCT Cinéma à Télévision, Need Productions, Au Large de l’Eden, La Télévision Suisse Romande (TSR), SRG SSR idée suisse
Pays : Suisse, Belgique

Une voix d’homme vieillie et ironique parcourt des bribes de récit, fragments d’un journal intime, monologue existentiel qui cherche à établir l’éventualité d’une présence, l’évidence de quelqu’un. Enfin, un lieu d’interrogatoire, sorte d’inquisitoire composé d’une table et d’une chaise et où, sous le halo jaune d’une lampe, des hommes et des femmes témoignent à tour de rôle d’une disparition, celle d’un écrivain dont le souvenir s’apparente à l’émergence d’un fantôme. De ces témoignages contradictoires, de ces hésitations de la mémoire, seule la silhouette brouillée de Robert Pinget apparaît. Homme solitaire, romancier hanté par le secret et les pièges de la vérité, ayant vécu loin des hommes, Robert Pinget semble à l’image de ses personnages, insaisissable à la définition. Aujourd’hui caché, enfoui sous le bourdonnement acide de ses livres, l’homme Pinget se confond avec sa démarche littéraire, une façon de vivre devenue un souci d’écriture, une écriture devenue une nécessité de vivre et qui est avant tout un style, une volonté d’appréhender un contour, une forme dont le fond s’efface, se dilue, échappe. Et si l’on s’arrête aux lieux de ses romans, si l’on prend le risque de visiter la ferme où il a vécu, si l’on regarde derrière ces portes entrebâillées, au-delà de ces fenêtres entrouvertes, on découvre alors une absence, un effet de disparition qui est au centre de son œuvre. C’est ce phénomène particulier qu’Ursula Meier réussit à nous faire ressentir. Et il est rare de trouver une telle adéquation entre une expérience romanesque, l’engagement qui la sous-tend et l’écriture cinématographique qui veut en rendre compte. Véritable hommage à l’art de Pinget, le film d’Ursula Meier trouve, dès le premier plan, une esthétique qui est comme l’écho du style de l’écrivain. Pour ce faire, elle parle directement à l’imaginaire du spectateur et joue de ce que les images suggèrent et dévoilent. En recréant et en traitant par le flou documents, archives, extraits de films, elle trouve l’équivalent visuel et sonore de ce que les mots de l’écrivain appellent. En s’inspirant des structures narratives de son œuvre, elle fait surgir la vie de l’homme, cernant ainsi au plus près l’intangible de sa réalité.

Robert Pinget (1919-1997)
Né le 19 juillet 1919 à Genève, Robert Pinget, après avoir terminé des études de droit, exerce le métier d’avocat à Genève durant un an. Il quitte la Suisse en 1946 pour Paris, où il entre aux Beaux-Arts. Il publie son premier ouvrage, "Entre Fantoine et Agapa" en 1951. En 1952, Robert Laffont publie son premier roman, "Mahu ou le Matériau". Ensuite c’est" Le Renard et la Boussole" chez Gallimard, en 1953, grâce au soutien d’Albert Camus, Alain Robbe-Grillet et surtout Samuel Beckett, qui restera un grand ami de Pinget, le conseillant à Jérôme Lindon, patron des Éditions de Minuit. "Graal Flibuste" paraît donc chez Minuit en 1956, après avoir été refusé par Raymond Queneau chez Gallimard. Désormais, Minuit sera l’éditeur de Pinget. Son roman intitulé "Quelqu’un" a remporté le prix Femina en 1965. En 1966, il acquiert la nationalité française et s’installe en Touraine, dans ce qu’il appelle sa « chaumière », où il écrira la plupart de ses livres. Il y construit une tour, et invente ce qui est considéré comme sa « dernière veine », à savoir la série des « carnets », dont la parution commence en 1982, avec la publication de "Monsieur Songe", du nom de ce personnage vieillissant dont Robert Pinget n’a jamais nié qu’il était une forme d’alter ego. Peu après le colloque qui lui est consacré à Tours, en 1997, il succombe à une attaque cérébrale dans cette même ville, le 25 août 1997.

Ursula Meier
Ursula Meier est une réalisatrice franco-suisse née à Besançon le 24 juin 1971. Son court-métrage "Des heures sans sommeil" a reçu le Prix Spécial du Jury au Festival de Clermont-Ferrand et le Grand Prix International au Festival de Toronto en 1998. Elle réalise des études de cinéma en Belgique à l’IAD (Institut des Arts de Diffusion) avant de réaliser plusieurs courts-métrages. En 2002, répondant à une commande d’Arte, elle tourne dans la collection "Masculin/Féminin" un premier film remarqué, "Des épaules solides". Son premier long métrage pour le cinéma, "Home", en 2008, met en scène une famille au bord de la crise de nerf quand leur maison isolée devient la plus proche habitation près d’une autoroute. "L’enfant d’en haut", en 2014, était sélectionné à Berlin.