Spilliaert, Léon : Les silences de Spillaert

Couleur, 50’, 2001
Réalisation : Wilbur Leguebe
Scénario : Wilbur Leguebe et Serge Meurant
Images : Jean-Jacques Mathy et Daniel Lambert
Son : Jean-Claude Boulanger
Montage : Anne De Jaer
Musique : George van Dam
Productrice déléguée : Rosanne Van Haesebrouck
Production : To Do Today Productions, RTBF, ARTE Belgique avec l’aide du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Communauté française de Belgique et des Télédistributeurs wallons.
Pays : Belgique

Le documentaire de Wilbur Leguebe, "Les silences de Spilliaert", est loin d’être une simple biographie du peintre belge. S’il semble suivre une ligne chronologique, le film s’attarde longuement sur les premières années de sa vie, sa meilleure période, celle des années de doute et de repli, pour essayer de comprendre cette personnalité énigmatique.Pour approcher de plus près l’oeuvre et l’artiste, trois voix nous guident. La première lit les écrits de Spilliaert. A travers des lettres, des extraits de son journal, Spilliaert se livre, raconte son enfance, ses peurs et ses angoisses. La deuxième voix est celle d’un narrateur-ami, qui à la deuxième personne, interroge directement l’artiste et ses toiles et ainsi nous les rend plus proches. Enfin, une narratrice extérieure nous donne les éléments biographiques importants et le contexte de l’époque. Ces trois voix, qui ne cessent de s’entremêler, font écho à la dynamique des arabesques et des courbes que l’on retrouve dans les tableaux de Spilliaert. La technique du "morphing", utilisée dans le documentaire, transforme les contours et crée un passage d’une toile à l’autre, d’une réalité à une autre. La vague se fait femme, l’escalier se fait tour, les lignes, qui deviennent presque liquides, sont épurées et poussées parfois jusqu’à l’abstraction. La caméra s’attarde sur les tableaux, les questionne, creuse le mystère qui reste le plus souvent irrésolu car, chez Spilliaert, les figures demeurent obscures et anonymes, le jeu du clair-obscur échappe à toute logique, et le lieu est un lieu onirique jamais véritablement défini. Un documentaire dans l’intimité qui nous conduit à la lisière du fantastique, dans le territoire étrange et inquiétant de sa sensibilité.

Léon Spilliaert (1881-1946)
Ostende, fin XIXème : celle qui est surnommée La Reine des Plages est la cité balnéaire la plus mondaine d’Europe, le rendez-vous des souverains et des princes étrangers. Avec son luxe tapageur, la ville retentit de rires, et les trains déposent, sur les plages, les bourgeois et les aristocrates. Au milieu de cette agitation, un artiste se pose comme un paradoxe : Léon Spilliaert, qui, seul, traîne sa mélancolie nocturne dans les rues endormies, et ses yeux sur les paysages maritimes désertés. Ce qu’il va chercher ainsi pendant de longues années, c’est à représenter le silence. Pour cela, la mer s’impose comme le sujet de l’insaisissable, son territoire illimité échappe au cadre et au défini. D’une nature inquiète, Spilliaert passera plus de vingt ans dans l’introspection douloureuse, questionnant le paysage ostendais pour y trouver une réponse à ses tourments. La solitude est comme un leitmotiv dans ses toiles : les plages y sont presque toujours vides et, si un personnage apparaît quelquefois, il hante le tableau dans une perspective qui s’étire jusqu’à estomper le réel. Même ses autoportraits qui semblent tout droit sortis d’un cauchemar, nous montrent un homme aux mains noueuses, au regard inquiétant, plongé dans une lourde angoisse existentielle. Il ne cesse de se représenter comme un cadavre en devenir, scrutant à tout instant l’obscurité et le vide. "Ses yeux proéminents sont des miroirs qui absorbent le sang, la vie des objets" écrira de lui son ami Paul Haesaerts.